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3 janvier 2012 / karleyn

Festen, on y va ? Ou les joies de la famille

- Avertissement : Ce billet est hautement subversif -

Jusqu’à 20 ans, j’ai adoré Noël comme une gosse, sans me poser de question. La “magie de noël” voulait vraiment dire quelque chose, et ce n’était pas tellement pour les cadeaux : enfin si, ceux que je préparais pour mes proches… C’étaient surtout les lumières qui brillent, le four qui tournait à plein régime pour qu’on se régale ensemble…

Et puis peu à peu, la magie a commencé à moins opérer… Tout l’éclat de la déco de noël, les lumières des bougies ne suffisaient plus à masquer l’effritement du lien avec mes “proches”. Mais on continue à y aller, parce que c’est comme ça, on le fait tous les ans, depuis si longtemps, sans se poser de question…

Cette année non plus, je ne me posais pas de questions : comme d’habitude, consulter les soeurs, les parents, pour décider où et quand…

Mais plus la date approchait, et plus je pensais à Festen (excellent – et terrifiant film de Thomas Vinterberg)… plus j’avais l’impression de m’apprêter à me jeter toute crue dans la gueule du loup, de mon plein gré, en plus…

Au départ, j’avais juste un sentiment diffus et inexplicable de malaise en compagnie des membres de ma famille. Et comme je fais toujours, en présence d’une émotion inexplicable (surtout une désagréable), j’ai essayé de comprendre pourquoi. Là, je me heurtais sans arrêt à un mur… Tout au mieux, je récoltais quelques grains de poussière de vernis… Toujours la surface, mais impossible d’aller au fond des choses.

Plus de questions que de réponses.

Quand j’ai voulu commencer une psychanalyse, je savais que c’était d’abord pour ça, pour aller là où je n’y arrivais pas toute seule, parce que je ne trouvais pas les points faibles par où entrer, et parce que je savais que, si c’était resté bien caché sous le vernis pendant aussi longtemps, ce que j’allais trouver allait être nauséabond. Je préférais ne pas être seule pour y aller.

Et puis, ce qui m’a aidée à aller au contact de cette boue nauséabonde, c’est ma propre séparation d’avec mon mari. Avec le recul de quelques mois, j’ai compris la toxicité de notre relation de couple aujourd’hui terminée. Et en même temps, ce n’est pas d’une grande originalité, j’avais aussi l’impression d’avoir largement reproduit le modèle de couple de mes parents… J’en suis donc naturellement venue à me demander si leur relation était aussi toxique que le fut la nôtre (mes parents sont séparés depuis quelques années).

C’est dans cet état d’esprit que j’ai entrevu les fêtes de fin d’année :

- avec de la curiosité : j’espérais pouvoir comprendre / apprendre des choses

- avec la certitude qu’il n’y aurait pas de “magie de noël” cette année, que je n’allais pas m’amuser, qu’il n’y aurait pas vraiment de joie là-dedans, et peut-être même de la tristesse.

Bilan :

- j’ai en effet eu confirmation de certains pressentiments, qui corroborent l’impression que la seule chose qui nous unit encore, une partie de mes “proches” et moi, ce sont nos névroses familiales, et éventuellement des histoires de sous…

- la conscience que, si elles n’étaient pas de ma famille, je ne chercherais pas à passer de temps avec certaines de ces personnes avec qui je ne partage ni le mode de vie, ni les convictions, ni les valeurs morales…

Au cours des “fêtes”, j’ai vu, entendu, des choses qui pour moi, pendant des années, n’ont été pour moi que de banales scènes familiales… Aujourd’hui, en changeant de point de vue, parce que je sais qu’on peut communiquer autrement que comme “ça a toujours été fait” dans ma famille,  je perçois les manipulations, je perçois les tentatives d’emprise, je vois les victimes… et ça me glace le sang.

En même temps, je prends conscience que j’ai été prise dans ces filets là aussi. Que j’ai à continuer à apprendre à m’en défaire. Parce que, même si on ne sait jamais tout-à-fait ce qu’on laisse en héritage à nos enfants, ce ne sont pas ces modèles là que je veux leur montrer, à mes filles. Quand je me suis séparée, c’était pour ma survie à moi, bien sûr. Mais un des moteurs, qui a eu raison de mes doutes, des hésitations, ça a été de penser à elles : je ne sais pas si j’aurai l’occasion de pouvoir leur montrer ce que peut être une vraie relation de couple. Mais au moins, elles auront vu ce que ne DOIT PAS être une relation (de couple ou pas, d’ailleurs).

J’ai mis un pied à la table de Festen, des vérités commencent à jaillir. Pour le moment, ce ne sont que des échanges chuchotés entre voisins de table… J’ai l’impression qu’il y a des convives qui vont se boucher les oreilles, de toute façon. C’est mon travail à moi, je n’ai pas envie d’un coup d’éclat. Mais j’ai l’impression que je ne vais pas sortir de table tout-de-suite…

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