“Si je n’écris pas ce matin…”
C’est drôle, les infimes vibrations qui conduisent mes pas vers un endroit que je ne cherchais pas, et que je ressens pourtant exactement comme l’aboutissement d’une quête.
Tout commence avec un disque de Keith Jarrett emprunté par curiosité à la médiathèque : en l’écoutant, ma rêverie m’a portée vers les mots qui ont été comme tatoués en moi dès la première lecture, les mots dont j’avais eu l’impression qu’ils n’attendaient que moi.
C’était dans la médiathèque de ma ville, à Hennebont. J’étais ado, je commençais à m’intéresser à l’écriture poétique. Au rayon poésie, j’ai saisi un livre au hasard. C’était le poème “Paroi” de Guillevic.
Je dois te dire,
Bien qu’il m’en coûte
Que tu saches :Quand je suis seul,
Je parle. (…)
Je me souviens que j’ai été comme frappée de magie, changée à la fois en forêt, rocher, ruisseau, à la fois être, esprit, matière… Et j’ai lu avidement toute l’oeuvre de Guillevic, dans ma médiathèque. [Le plus incroyable, c'est que bien des années plus tard, quand je n'ai plus habité cette ville, cette médiathèque a pris le nom de médiathèque Eugène Guillevic !]
Bref, la musique de Keith Jarrett m’évoquant les poèmes écrits par Guillevic, contemplatifs à la fois de l’océan et de l’âme, je me suis mise à refouiller dans ses vers. Et j’ai trouvé un joyau qui est arrivé à point nommé :
Si je n’écris pas ce matin,
Je n’en saurai pas davantage,Je ne saurai rien
De ce que je peux être. (…)
C’est dans “Art Poétique” et en lisant ce poème de Guillevic, en me rappelant ce que j’ai écrit hier, je me suis dit qu’il fallait bien que je le rencontre un jour, Eugène !
———–
Un peu plus sur Guillevic :
- dans Net Libris

