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2 juillet 2012 / karleyn

Intime campagne #2 – Régis Perray

Galerie Laizé. Le Village. Bazouges-la-Pérouse. Hommes, femmes, enfants. Il y a de la vie. Un regard nous accueille. C’est une rencontre. Des mots en l’air, des mots sur le papier, le papier du plan. Des installations se répondent.

Il y a le sol. Le sol de Régis Perray.

Et d’emblée un choc. Première installation. Un coup au coeur. Parce qu’au milieu de ce territoire demi-sel, que je reconnais comme le mien, se loge un territoire intime. Familial. Il y a un morceau de moi et de mon histoire dans l’installation de Régis Perray. Un élément connu d’une poignée de personnes seulement. Un élément que cette poignée de personnes ne verra sans doute jamais dans cet ensemble. Il a fallu ce hasard. Ou cette  intuition ? Cet appel soudain ? 

Le sol. Il est en photo. Il est sur les murs. Dans les objets. Les balais, la serpillière, le grattoir (pardon, la panosse, pour ceux qui fréquentent un autre territoire, cher à mon coeur).

Le sol, qui me relie à mon histoire. Mes morts. Ma terre. Le sol sur lequel est posé le banc, cet intermédiaire entre le sol et moi. Le sol. J’ai besoin de le toucher de mes mains aussi. Mais plus souvent, il se creuse de mes pas. Mes pas dans les vôtres. Les vôtres dans les miens, un jour. Le sol sur lequel j’ai bâti ma maison. Ma vie aussi. La vôtre. La nôtre ensemble. Puisque je suis votre famille. Une de vos racines.  Les yeux perdus entre les tombes du cimetière d’ici ou d’ailleurs, on se raconte l’histoire de nos anciens morts, ou des récents. Le sol qui a recueilli nos blessures muettes. Le sol dans lequel coulent nos histoires, comme dans des veines. 

Entre les tombes, des bancs enracinés gardent dans un coffre les gestes des vivants. Le coffre abrite la mémoire des vivants aux morts, les paroles, les pensées, qui ne se sont pas envolées. Restées là. Lourdes et immobiles. Ou légères et froufroutantes.

Régis Perray, range et organise le sol pensé. Celui qui s’écrit, se schématise, se dessine, se voit de dessus, se compte, se chronologise, se lit, se cherche. Le sol qui n’est même plus au sol. Le sol des voyages qu’on n’a pas encore faits. Sauf dans la tête. Dans nos projets, notre futur. Le sol qu’on va laisser en héritage. Le sol qu’on aménage. 

Régis Perray écoute. Mes histoires. Il lit mes émotions. Il est là et il raconte aussi. Il y a tous ces réseaux souterrains dans nos sols, qui s’entremêlent se rapprochent ou s’éloignent. Les titres qu’il a cueillis un jour, comme on cueille un petit plaisir improvisé. Et l’envie de raconter à mon tour. L’envie de donner à voir. Modeler ma terre. Creuser mes sillons. Racler. Gratter. Frotter. Exhumer. Ensevelir. De mes mains.

(à suivre)

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4 Commentaires

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  1. vireloup / juil 3 2012 19:42

    Très bel article, quelque part, très poignant. Il m’a vivement touché, et m’a donné surtout envie de lire la suite.
    Je suis donc suspendu à ta plume !

    • karleyn / juil 3 2012 19:50

      Merci merci, toi :-) La rencontre entre les oeuvres, mes propres émotions et celles de l’artiste est l’une des expériences qui me fait le plus vibrer au monde !!!

  2. AssociatEyes / fév 23 2013 16:40

    Mes amies et moi sommes fans du travail de Régis Perray, et ton article en rend compte avec émotion… Merci )))

    • karleyn / fév 24 2013 23:46

      Cela me fait plaisir, AssociatEyes, que nous puissions partager ces émotions !

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