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30 octobre 2011 / karleyn

Karine avec un K

Je découvre ce soir le passionnant billet sur son prénom écrit par ma copine Marie-Anne Paveau .

C’est fou comme notre nom et notre prénom nous construisent notre place dans la société. Et cela me rappelle un autre billet de blog que j’ai écrit il y a longtemps, mais en espéranto, après avoir découvert que l’usage de cette autre langue m’avait permis de modifier mon rapport à mon prénom, parce que son usage social s’en est trouvé transformé en changeant de langue.

J’aurais pu me contenter de traduire ce billet de l’espéranto au français, mais il aurait manqué l’essentiel, en tous les cas, pour le lecteur francophone… Et d’ailleurs, la partie francophone que je m’apprête à rédiger aurait pareillement assez peu de sens pour un espérantophone non-francophone… raison pour laquelle elle ne figurait pas dans l’article initial…

Euh, vous suivez, là ?

Revenons au commencement.
Je suis née dans une famille francophone, qui ignorait tout de l’espéranto. On m’a appelée Karine. Avec un K. Oui, vous, là, en me lisant, ça vous saute aux yeux, que c’est avec un « K ». Mais toute ma vie, à chaque fois que j’ai dû me présenter, je n’ai pas dit « je m’appelle Karine », mais « Je m’appelle Karine-avec-un-K », comme si ça formait un tout, indivisible.

Si je ne précisais pas, ou trop tard, ça ne loupait pas : on me l’écrivait avec un C. Et ça, c’était l’horreur pour moi. C’était déjà assez pénible de porter ce prénom à la pointe de la popularité pour les filles de mon âge, si en plus, on me l’écrivait avec ce « C » si typiquement franchouillard, ça me désespérait… Au moins, le « K » avait un petit quelque chose d’exotique qui me consolait un peu d’être une Karine parmi 11 400 autres, nées cette année là. Un petit parfum de grand nord qui m’a donné un amour immodéré de la Scandinavie d’ailleurs… Étonnant, hein, de voir jusqu’où peut aller un simple « K » ?

D’ailleurs, mon prénom scandinave, Karine-avec-un-K, n’est pas dans le calendrier des saints… Ben non… Il y a bien quelques audacieux qui ont essayé de me dire bonne fête le 7 novembre, le jour des « Carine », mais devant ma mine déconfite, ils n’ont pas recommencé !!! Par contre, comme il paraît que les « Karine » se fêtent les jours de Sainte Catherine, j’ai choisi « Catherine de Suède », tant qu’à faire… pour continuer dans la parenté scandinave…

Donc revenons à ces dizaines de milliers de Karine nées entre 1972 et 1974… Quand un prof interrogeait l’une des « Karine » de la classe, un choeur d’élèves réagissait aussitôt par un « laquelle ? ». Eh oui, parce que des « Karine », jusqu’en terminale, il y en a toujours eu au moins 2, sinon 3, dans ma classe (avec parfois des impostures : des Carine, mais oralement, on ne sent pas la différence !). On pourrait donc ajouter ce « -laquelle ? » à la série des appendices fréquemment ajoutés à mon prénom, en compagnie du « avec-un-K ».

C’est ce petit mélange de deux appendices prénominaux qui a joué un grand rôle dans la construction de mon identité. Très vite, parce qu’il y avait plusieurs Karine, j’ai été confrontée à la nécessité de me distinguer. Tenter d’être différente. Ne plus être l’une des Karine. Mais être un individu unique, inimitable… Pour cette raison, je ne me suis jamais vraiment rangée, adolescente, aux nécessités sociales de la mode, de la norme… Non, il fallait justement que je sorte du lot, que j’émerge de la masse ! Mes tentatives excentriques ont eu plus ou moins de bonheur. J’ai connu les brimades, les moqueries, l’isolement, les insultes… parce que je ne rentrais pas dans le rang. Mais enfin, harcelée et maltraitée, au moins, je me distinguais… Et c’est ce que je voulais.

Ce que je voulais d’autant plus, qu’ à force de dire que j’étais « Karine-avec-un-K », dans le fond, quelque part, je disais « je suis Karine-je-suis-un-cas ». Un cas. Encore aujourd’hui, c’est un peu ce qu’on me dit souvent, heureusement, avec plus de délicatesse « tu n’es pas comme les autres, toi ». Ben non, tu m’étonnes, après tout ce que j’ai fait pour sortir du rang, ce serait malheureux ! J’aurais bien voulu, d’ailleurs, placer cette filiation prénominale quelque part, dans quelque héroïque personnage, nommé Karine. Mais pas moyen : aucune héroïne ne s’est jamais appelée Karine, ni aucune femme illustre (j’avais mis quelque espoir en Karine Reysset, hein… on verra bien… Mais elle est plus jeune que moi, de toute façon, alors pour la filiation, c’est râpé !). Ce n’est pas très étonnant, cette absence de glorieuses Karine, puisque le prénom est pour ainsi dire apparu en 1967, quelques années seulement, avant ma naissance. Oublions donc, l’illustre et glorieuse filiation de prénom… et poursuivons !

Nous allons arriver à la partie publiée en espéranto, dans mon billet d’origine… Je ne traduis pas, mais j’adapte librement le contenu de départ…

A l’origine de cette prise de conscience, sur les interactions entre mon prénom et moi, il y a eu un article (dont je n’ai pas gardé la trace) rencontré par hasard en vagabondant sur le net, qui mentionnait la langue des oiseaux et son usage concernant les prénoms… Je pressentais depuis longtemps que mon prénom devait forcément avoir un impact sur la construction de mon identité, tellement je n’éprouvais qu’un sentiment très mitigé à son égard. Alors j’ai joué à essayer de trouver… et j’ai trouvé plus que je ne croyais ! Pour ceux qui ne connaissent pas la Langue des oiseaux (la majorité d’entre vous, sans doute), et qui ont la flemme de lire l’article de Wikipedia, il s’agit, dans le cas du prénom (ou du nom, ou les deux ensemble), de voir quel sens caché on peut y trouver en le(s) déformant, triturant, en changeant l’ordre des lettres, des syllabes, en modifiant les césures nom/prénom… ou toute autre modification susceptible de créer du sens.

Dans mon cas, la lecture la plus immédiate a été celle de l’espéranto (pour ceux qui ne connaissent pas l’espéranto que je cite au moins pour la 5ème fois ce soir, c’est !) . Et là, je suis obligée de faire une rapide parenthèse introductive. Pour des raisons qui ne me sont plus obscures depuis quelques années, mais qui le sont restées pendant 30 ans (mais que j’expliquerai une autre fois), j’ai, depuis l’âge de 5 ans et jusqu’à 25 ans, ressenti comme une malédiction le fait d’être une fille. Et en fait, pour tout dire, j’ai été également dans l’incapacité de m’aimer moi-même pendant tout ce temps là, quand j’ai compris que j’étais irrémédiablement une fille, et que, par conséquent, tout mon projet de vie s’en trouvait anéanti… Ça a été un véritable traumatisme pour moi. Comme tous les traumatismes, il a été enterré bien profond, quelque part où ma conscience n’avait plus accès. Mais je ressentais très fort le chagrin d’être moi-même et d’être une fille, sans pouvoir me l’expliquer.

Or, à 25 ans, j’ai appris l’espéranto et j’ai immédiatement eu de nombreux contacts et échanges dans cette langue, partout dans le monde. Première surprise naïve, en espéranto, le « K » de mon prénom allait de soi, puisque c’est la seule et unique façon d’écrire le son [k]. Jamais, en Espérantie, je n’ai donc eu besoin de préciser que j’étais « -avec-un-k ». Déjà, ça change la donne, mais de toutes façons, en espéranto, il n’y aurait pas eu non plus cette homophonie entre le nom de la lettre « k » et le mot « cas », donc j’étais un peu à l’abri !

Deuxième cadeau que m’a fait l’espéranto, mon prénom y a une fort jolie signification qui a été un baume sur mes souffrances d’enfance. En espéranto, je suis « Kar-in' » (pour conserver la prononciation de mon prénom, en espéranto, il faut procéder à l’élision du « e » final, sinon, on devrait le prononcer [e]). Kar-in’, autrement dit le mot composé des deux racines « kar-a » (cher, chère – en parlant de quelqu’un qu’on aime – le « a » final désigne la nature du mot : c’est un adjectif) et « in-o » (la racine qui désigne une personne de sexe féminin – le « o » final désigne un substantif). En Espérantie, quand quelqu’un prononce mon prénom, il me dit donc à la fois que je suis une personne qui lui est chère, et il affirme ma féminité. Quand je prononce mon propre prénom, j’affirme à la fois que je m’aime et que ce que j’aime englobe ma féminité. Trop fort, non ?

Alors que dans mes années collège, on m’affublait d’odieux surnoms tels que « Kaka », en espéranto mon prénom est, d’emblée, un surnom affectueux. Voilà pourquoi, à présent, j’aime mon prénom, et je le porte, même dans mes pseudos, sur Twitter, sur Facebook. Il y aurait le même travail à faire sur mon nom de famille un jour, parce que celui-là, j’ai encore un peu de mal à le revendiquer ! Mais c’est une autre histoire…

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8 commentaires

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  1. Daniel / Déc 18 2011 23:38

    Maintenant, je suis pourquoi nous devions nous rencontrer d’abord en espéranto… 😉

  2. vireloup / Fév 19 2012 14:58

    Très pertinent, il faudra que je fasse la même analyse pour mon propre prénom, parce que beaucoup de choses viennent de là.
    Je reviendrai sur ce blog.

  3. carineavecunc / Avr 17 2012 21:39

    Je me retrouve dans tes propos alors que je suis moi-même une imposture……… une Carine quoi et devine le « pseudo » que j’ai choisi??? Carine avec un C . Comme un seul prénom, tellement je l’ai toujours donné comme cela!!! C’est indivible, effectivement…

    • karleyn / Avr 17 2012 21:42

      Bienvenue, Carine-avec-un-c !!! Oui, forcément, nous sommes chacune comme les 2 faces de la même pièce ! Ah la la !!! ça marque pour la vie !

  4. B / Sep 14 2013 19:24

    Pa-ssio-nnant ! et quelle plume ! et comme je m’ retrouve ! j’ai souris, et même rigolé sur les souvenirs d’école, et, franchement, on a les mêmes, c’est tout pareil.
    ça fait du bien de lire ce qu’on aurait pu écrire mais juste là où on ne trouvait pas les mots. c’est magique, merci.
    Karine (et je ne dirai plus « avec un K »), voilà.

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